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MEDIAS. Utiliser les technologies de l'information et de la communication pour favoriser la paix dans le monde, c'est le pari de la fondation ICT4Peace, basée à Genève. Interview de son président.

Caroline Stevan
Jeudi 20 mars 2008

Le Sommet mondial sur la société de l'information (SMSI), dont la première phase s'est déroulée en 2003 à Genève, a été une sorte de révélation pour Daniel Stauffacher, alors ambassadeur pour la Suisse. Prenant conscience du rôle que les technologies de l'information et de la communication (TIC) ont à jouer pour la prévention des conflits et le maintien de la paix, l'homme se lance, avec l'ancien président finlandais Martti Ahtisaari et quelques autres, dans la création d'une organisation dédiée au sujet. ICT4Peace est désormais à pied d'œuvre. Interview de son président.

Le Temps: Le SMSI avait mis en exergue le lien entre les TIC et le développement. Qu'en est-il de la paix?

Daniel Stauffacher: Combattre la pauvreté, les injustices, protéger les droits humains sont autant de facteurs nécessaires pour garantir la paix. Le rôle des médias et des TIC est également essentiel. Il y a plusieurs niveaux: la prévention des conflits, la gestion des crises et enfin la reconstruction et la réconciliation. Au Proche-Orient par exemple, des interviews sont réalisées de part et d'autre du mur; cela peut aider à la compréhension mutuelle. Evidemment, cela ne remplace pas des négociations autour d'une table, mais il est important d'informer les populations. Les nouvelles technologies ont toujours été utilisées à la perfection par ceux qui mènent les conflits, pour la propagande notamment; nous voulons inverser cette tendance.

- Le Darfour a été une guerre sans images, avec très peu d'information. Les moyens de communication sont-ils absents de cette région de l'Afrique?

- Il manque effectivement des infrastructures, mais le développement s'accélère. La croissance des téléphones mobiles, notamment, est énorme et les SMS deviennent un vecteur important d'information. Plus personne, bientôt, ne pourra dire «Je ne savais pas» ou «Je n'avais pas vu». Le problème, souvent, n'est pas le manque de technologie mais la mauvaise utilisation qui en est faite.

- C'est-à-dire?

- On ne peut pas reprocher à un enfant du Darfour de ne pas avoir le réflexe d'envoyer une photo avec son mobile. Les humanitaires, les militaires et autres acteurs de la gestion de conflits devraient en revanche le faire. Le rôle de notre organisation est justement de les y amener. Coordination et échanges d'informations sur les besoins des populations en temps de crise sont primordiaux. Le problème est qu'il y a une compétition entre tous ces gens. Ils ont tous les mêmes donateurs et chacun veut être le premier à donner une nouvelle afin de paraître plus crédible. Il y a aussi une question de leadership: la vieille génération ne reconnaît pas forcément l'importance des TIC. Nous menons en ce moment un travail de sensibilisation aux Nations unies, à New York, en ce sens.

- Quels sont les autres mandats de votre fondation?

- Le deuxième volet consiste à former les parties concernées. Nous avons développé un module que nous allons tester au Caire - en collaboration avec le Cairo Center for Crisis Prevention and Peacekeeping in Africa - dès le mois d'août. Des policiers, des militaires, des humanitaires, des fonctionnaires de l'ONU, des donateurs ou encore des membres du gouvernement seront ainsi amenés à travailler ensemble. Le troisième mandat de notre fondation réside dans la mise sur pied d'un inventaire des initiatives et outils existants dans le domaine.

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